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Au-delà de la candidature, les femmes veulent aussi changer la culture politique

Rangée du haut (de gauche à droite): Emeline Lina Nsah, Rachel Décelien, Diane Choinière, Denise Robitaille, France Bélisle (conférencière), Chantal Sarkisian, et Dominique Bertrand. Rangée du bas (de gauche à droite): Julie Séguin, Marie-Noëlle Lanthier (direction générale pour Leadership Féminin Prescott et Russell), et Katy Morin. (Photo fournie)

La hausse du nombre de femmes candidates aux élections municipales de 2026 dans Prescott et Russell marque une progression importante, mais pour plusieurs candidates interrogées, la question ne s’arrête pas au nombre de femmes qui inscrivent leur nom sur un bulletin de vote.

Leadership Féminin Prescott et Russell (LFPR) rapporte que 31 femmes sont candidates cette année aux postes de conseillère municipale et de mairesse dans la région, comparativement à 21 en 2022. Huit autres femmes briguent des postes de conseillères scolaires ou d’administratrices du Police Village de Russell, portant à 39 le nombre total de candidates pour les 65 sièges disponibles dans les municipalités, les conseils scolaires et le Police Village de Russell.

Pour Dominique Bertrand, candidate au poste de conseillère à Russell, cette progression est notamment liée au travail effectué par LFPR pour encourager et accompagner les femmes qui s’intéressent à la politique.

« Juste la promotion de leurs événements, puis l’encouragement et l’accompagnement des femmes en politique, leur rôle est vraiment apprécié », affirme-t-elle.

Selon Bertrand, le travail de l’organisme a également eu un effet sur sa propre perception de son rôle. Maintenant qu’elle a elle-même décidé de se lancer, elle estime qu’elle doit à son tour encourager d’autres femmes à envisager des postes de leadership.

Elle fait un parallèle avec son ancienne carrière de directrice d’école, un milieu où les postes de direction ont longtemps été majoritairement occupés par des hommes.

« C’était important qu’on puisse dire : OK, moi, j’ai décidé de faire le saut en politique, mais maintenant, j’ai un rôle d’essayer d’en recruter d’autres », explique-t-elle.

Le défi de prendre sa place

Pour plusieurs candidates, l’un des obstacles demeure la confiance nécessaire pour s’exposer publiquement et prendre la parole dans un environnement politique.

Bertrand affirme que la politique peut être intimidante, notamment lorsque les élus doivent répondre à des questions difficiles ou faire face à des opinions très tranchées.

Elle estime que la préparation et la confiance en soi peuvent contribuer à surmonter cet obstacle. Elle-même a participé à plusieurs formations de LFPR portant notamment sur la gouvernance et le fait de prendre sa place.

« C’est peut-être quelque chose qu’on pourrait aborder dans les années à suivre : comment développer sa confiance en politique », suggère-t-elle.

Antonella De Dona, candidate au poste de conseillère à Casselman, affirme elle aussi que le premier obstacle est souvent simplement de décider de faire le saut.

« On peut avoir l’expérience, les compétences et l’envie de contribuer, mais mettre son nom sur un bulletin de vote, prendre position et s’exposer publiquement, ce n’est pas rien », dit-elle.

De Dona explique qu’elle s’est elle-même demandé si elle était prête avant de conclure que son désir de contribuer à sa communauté était plus important que ses hésitations.

« On n’a pas besoin de se sentir parfaitement prête pour faire le premier pas », affirme-t-elle.

Pour elle, la présence accrue de femmes sur les bulletins de vote peut également contribuer à normaliser leur participation politique.

« On s’inspire les unes les autres et j’espère que cette vague de candidatures donnera envie à encore plus de femmes de s’impliquer, de faire entendre leur voix et de contribuer à leur communauté », dit-elle.

Concilier politique, travail et famille

La disponibilité nécessaire pour faire de la politique demeure toutefois un obstacle concret.

Bertrand affirme que sa propre décision de se lancer a notamment été facilitée par son départ à la retraite. Lorsqu’elle travaillait encore, elle ne croyait pas pouvoir concilier une carrière professionnelle, une famille et un engagement politique.

« Je n’aurais jamais pu concilier travail, politique, famille. Pour moi, ça aurait été trop », explique-t-elle.

Elle considère que cette réalité peut être particulièrement importante pour les femmes qui assument encore une part importante des responsabilités familiales.

De Dona souligne elle aussi la difficulté de concilier la famille, le travail, l’engagement communautaire et une campagne électorale.

Elle estime toutefois que les candidates ne devraient pas attendre que toutes les conditions soient parfaites avant de se lancer.

« Lorsqu’on aime sa communauté et qu’on veut sincèrement contribuer à son avenir, il faut parfois mettre ses hésitations de côté et se lancer », affirme-t-elle.

Le soutien ne s’arrête pas au dépôt de candidature

Pour LFPR, les efforts visant à augmenter la participation des femmes ne se sont pas limités à encourager les candidatures.

Au cours des derniers mois, l’organisme a organisé deux activités de réseautage de type 5 à 7, une formation destinée aux femmes intéressées à la politique municipale ainsi qu’un dîner-rencontre entre candidates et élues.

Dans le cadre de sa campagne « Ça prend des femmes comme toi… en politique municipale », LFPR a également offert de l’information et de l’accompagnement aux femmes qui souhaitaient mieux comprendre les réalités d’une candidature municipale. Depuis le début de la période de dépôt des candidatures, le 1er mai, l’organisme affirme avoir accordé plus d’une dizaine d’entrevues dans les médias pour parler de l’importance d’une représentation féminine en politique municipale.

De Dona dit avoir ressenti les effets de ce travail, même si elle n’a pas participé directement à toutes les initiatives de l’organisme.

« Le fait de voir davantage de femmes se présenter, de créer des liens et de s’encourager mutuellement contribue à rendre le saut en politique beaucoup moins intimidant », affirme-t-elle.

Bertrand décrit pour sa part le réseau de femmes qu’elle a découvert en politique comme une forme de soutien concret.

Elle raconte qu’au début de sa campagne, un commentaire reçu sur les réseaux sociaux l’avait fait douter d’elle-même. Elle a alors communiqué avec deux autres candidates afin de leur demander conseil.

« J’ai eu des réponses dans le temps de le dire », raconte-t-elle.

Selon elle, ce réseau permet aux candidates et aux élues de partager leurs expériences, leurs connaissances et leurs difficultés.

« On a tellement un beau réseau de femmes qui sont prêtes à supporter », dit-elle.

Pour Lajoie, la question va au-delà du recrutement

Pour la mairesse sortante de Casselman et candidate à sa réélection, Geneviève Lajoie, l’augmentation du nombre de candidates est encourageante, mais elle ne constitue qu’une première étape.

« 31 femmes, ça veut dire que 31 femmes ont regardé ces tables et se sont dit : “Pourquoi pas moi?” C’est significatif », affirme-t-elle.

Lajoie précise toutefois que le simple fait d’avoir davantage de femmes candidates ne suffit pas nécessairement à changer la politique municipale.

Selon elle, il faut également examiner la culture politique dans laquelle les femmes entrent et se demander si les environnements municipaux sont suffisamment accueillants pour qu’elles souhaitent y rester.

« Amener des femmes à se présenter est une partie du casse-tête. Il faut aussi regarder honnêtement la culture politique dans laquelle elles entrent », dit-elle.

Lajoie estime que le recrutement et la rétention des femmes devraient être considérés séparément.

Elle croit notamment qu’il faut mieux préparer les nouvelles élues aux conflits, à l’attention publique, aux réseaux sociaux, aux dynamiques interpersonnelles et aux réalités émotionnelles associées à une fonction politique.

« Recruter une femme pour qu’elle mette son nom sur un bulletin de vote, c’est le début de l’histoire, pas la fin », affirme-t-elle.

Une question de diversité

Les quatre candidates interrogées considèrent que la présence de femmes autour de la table municipale peut contribuer à une représentation plus complète de la population, tout en soulignant que la diversité ne se limite pas au genre.

Pour De Dona, un conseil municipal plus diversifié permet de faire ressortir davantage de perspectives lorsqu’il faut prendre des décisions.

Elle donne notamment l’exemple du développement d’un nouveau quartier, qui ne doit pas être considéré uniquement sous l’angle du développement immobilier.

« Il faut penser à la circulation, à la sécurité des enfants qui se rendent à l’école, aux parcs, aux infrastructures, mais aussi aux services dont les familles et les aînés auront besoin », explique-t-elle.

Plusieurs perspectives autour de la table peuvent ainsi, selon elle, permettre aux élus de poser davantage de questions et de mieux comprendre les répercussions d’une décision.

Bertrand estime elle aussi que les femmes peuvent apporter certaines expériences et préoccupations différentes au conseil, notamment en matière de famille et de services sociaux.

« Il faut pouvoir représenter les femmes. Il faut pouvoir représenter les jeunes filles aussi, dans nos communautés », dit-elle.

Lajoie insiste toutefois sur le fait que la diversité doit être beaucoup plus large que la représentation des femmes.

Elle souhaite notamment voir autour des tables municipales des hommes et des femmes de différents âges, des francophones et des anglophones, des Autochtones, des personnes handicapées, des familles, des travailleurs issus de différentes professions et des personnes ayant des réalités économiques différentes.

« Je ne veux pas d’un conseil qui est d’accord simplement pour être d’accord », affirme-t-elle.

Selon elle, le désaccord peut jouer un rôle important dans la gouvernance municipale, lorsqu’il permet de remettre en question les décisions et d’éviter la pensée uniforme.

« Une bonne gouvernance exige des désaccords », dit-elle.

Encourager celles qui hésitent encore

Malgré leurs différences d’expérience et de vision, les candidates s’entendent sur un message à transmettre aux femmes qui envisagent une candidature politique : il n’est pas nécessaire d’attendre de se sentir parfaitement prête.

De Dona résume son conseil en une question : « Pourquoi pas moi? »

Elle encourage les femmes à s’entourer, à faire confiance à leurs capacités et à utiliser les réseaux existants.

Bertrand souhaite également que davantage de jeunes femmes soient encouragées à considérer des rôles de leadership, afin que la progression actuelle se poursuive dans les prochaines années.

Lajoie, de son côté, estime que les femmes qui décident d’entrer en politique doivent être prêtes à apprendre, à faire face aux critiques et à défendre leurs convictions.

Elle considère néanmoins que les difficultés inhérentes à la politique ne devraient pas dissuader celles qui souhaitent s’engager.

Pour De Dona, l’objectif demeure de contribuer à sa communauté.

« Tu as quelque chose à apporter et ta voix mérite d’être entendue », dit-elle.

Alors que les élections municipales approchent, la hausse du nombre de candidates constitue donc pour LFPR un premier indicateur de changement. Mais pour les femmes interrogées, la prochaine étape sera de voir comment cette présence accrue se traduira autour des tables municipales et dans la culture politique des prochaines années.

GABRIELLE VINETTE
Initiative de journalisme local (IJL)
gabrielle.vinette@eap.on.ca

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